Rentrée Littéraire

Comment vous dire l’incroyable manque que je ressens après avoir fini la lecture du monumental chef d’œuvre de Jaume Cabré Confiteor ?!
Quel ! 770 pages d’une richesse et d’une générosité narrative incroyables, l’auteur jonglant comme par miracle avec les temporalités sur près de 500 ans d’histoire européenne dans une construction symphonique éblouissante.
Confiteor est une histoire d’amour ratée bouleversante et certainement aussi l’une des plus belles histoires d’amitié de la littérature. Ecrit comme une lettre adressée à la femme qu’il a déjà perdu à deux reprises avant de la perdre tout-à-fait sans jamais s’être réconcilié avec elle, la voix d’Adria Ardèvol est emprunte d’un lourd sentiment de culpabilité qu’il aura cru pouvoir fuir tout au long de sa vie avant d’être rattrapé par lui dans ses dernières années. Quelle culpabilité ? C’est une longue histoire ! Une histoire que l’auteur fait commencer aux sombres heures de l’inquisition…
Sachez tout même que le vieil universitaire qui écrit ce est le cabré, jaume, confiteortout jeune homme que nous découvrons dans les premières pages du livre, un petit catalan du Barcelone des années 50 qui vit très seul dans un grand appartement bourgeois plongé dans un silence de plomb imposé par un père sans tendresse qui rêve de faire de lui un humaniste polyglotte.
En effet, Felix Ardèvol, antiquaire ne vit que pour les objets qu’il possède dans le sanctuaire de son bureau et dont Adria pourrait, être à terme, la plus belle pièce. De son côté, la mère d’Adria fait en sorte que le garçon s’obstine au violon, convaincue d’en faire, et peu importe ce que lui en pense, le violoniste virtuose dont elle pourra se rengorger à loisir. Fils unique, objet de désirs parentaux qui ne sont pas les siens, Adria grandirait dans une solitude parfaite si Bernat n’était pas là, son seul véritable ami qui vient à l’occasion déranger le pesant silence du grand appartement.
Mais d’où vient la fortune de cette famille ? Ces objets rares qui font la fierté de Felix et dont un violon Storioni est la pièce maîtresse, comment ont-ils atterri entre ses mains ? Par quel tour de passe-passe cynique, par quel opportunisme historique des pièces pareilles ont-elles été obtenues ? C’est ce que va apprendre et devoir accepter petit à petit Adria tout au long du : découvrir quel homme véritable était son père. Il sera bien sûr question dans ce de spoliation, celle des biens juifs durant la seconde guerre mondiale mais plus généralement de vols, de rapines, de biens mal acquis qui, on le sait, ne profitent jamais. Et cette question lancinante et sans réponse du Mal dans l’Histoire et de sa persistance, qui poursuivra le jeune homme jusqu’à ses dernières heures universitaires. Jusqu’à son dernier souffle.
Magistral !

François - Libraire à la Librairie Les cordeliers.

Confiteor
de Jaume Cabré - Actes Sud. Le Réserver ?

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